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Christiane Singer

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Christiane Singer

Postby Catry » Feb 11, 2017 5:15 am

Salut à tous,

Vous trouverez ci dessous plusieurs extraits de 2 livres de Christiane Singer.
J'ai beaucoup apprécié certains passages, cette grande dame a une vision qui me parle.
Bonne lecture à vous.

Julien


J ai la conviction que cette atroce crise est une chance unique. Si au lieu d en risquer la traversée, je me « mêle » de la soigner. J ai perdu ma mise et mon destin.
Pourquoi nierais- je ma peur, ma peur lancinante de heurter les brisants de la folie ou du suicide ?
Elle est là, tapie dans mes yeux. Mais pire encore est pour moi la représentation de un retour à la «normalité ».
Retrouver ce brouillard dont j ai enfin pris conscience, cette vie larvaire, cette vie de eau croupie- la vie dont je m accommodais comme tous ceux qui m entourent- me remplit de une horreur bien plus véhémente que cette avancée périlleuse en terre inconnue- j ai choisi . "Christiane Singer " roman histoire de une âme.

Christiane Singer ; Ou cours tu ? Ne sais tu pas que le ciel est en toi ?
A la longue, il ne vaut jamais la peine d avoir été cynique, revanchard, gagnant, compétitif, « the best » ! La seule chose à la longue qui vaille le jeu et la chandelle est d avoir aimé. Dans l’ ordre de l invisible, le fruit en est inéluctable.
Aucune force ne retiendrait de rougir une feuille d érable. Inéluctablement la feuille se colore, le fruit mûrit. Commence alors à l insu de tous, de battre dans la poitrine de celui qui célèbre la vie -sans se laisser troubler par la trahison, la déception, la rage destructrice- un cœur pacifié, un cœur humain. (…..)
Seul celui qui a osé voir que l enfer est en lui y découvrira le ciel enfoui. C’est le travail sur l ombre, la traversée de la nuit qui permettent la montée de l aube. (….)
Je me suis souvent demandé ce qui, à notre époque, la perte de sang, cette perte de sens. C’est comme une hémorragie qu’il est impossible d arrêter. Par quelle plaie s écoule le sens ? Plus je m interroge et plus je vois qu il y a dans notre modernité quelque chose comme un découragement immense. Le monde est devenu trop grand. Tant que je suis dans une enclave dans un espace délimité – je peux en porter la responsabilité. Une famille, un lieu de travail. Un groupe. Dans cette espace, je peux me mettre au service, m engagez tout naturellement. Mais lorsque cette espace se dilate et recouvre le monde entier, lorsque chaque jour se déverse dans mes yeux des tomberaux de désespoir, tous les désastres du monde entier, toutes les guerres et toute la violence de l entière planète. … alors quelque chose en moi se bloque. Devant le harcèlement ininterrompu d une négativité tragique, une anesthésie me saisit.

(….) La vie ne se révèle qu à ceux dont les sens sont vigilants et qui s’avancent , félins tendus, vers le moindre signal. Tout sur terre nous interpelle, nous hèle, mais si finement que nous passons mille fois sans rien voir. Nous marchons sur des joyaux sans les remarquer. Les sens nous restituent le sens. Quand l instant lâche sa sève, la vie est toujours au rendez vous.
L’echo du logion 77 de Saint Thomas : «Je suis partout. Quand tu vas pour couper du bois, je suis dans le bois. Quand tu soulèves la pierre, je suis sous la pierre…. »
Non pas : je suis le bois, je suis la pierre, mais chaque fois que tu es là, vraiment là, absorbé dans la rencontre du monde créé, alors je suis là ! Là où tu es, dans la présence aiguë, je suis aussi. Être là ! Le secret. Il n’y a rien d’autre . Il n’est pas d’autres chemins pour sortir des léthargies nauséabondes, des demi sommeils, des commentaires sans fin, que de naître enfin à ce que tu es.
(…)
La traversée de la nuit
Je ne peux commencer, pour laisser à ma parole le temps de se réorganiser, que par un hommage à ceux qui vivent le plus difficile, nos frères schizophrènes, ceux qui accompagnent le plus difficile, leur famille et leurs alliés, et ceux qui au sein du plus difficile ont choisi d installer leur profession, leur vocation :les soignants, les médecins, les psychologues et les psychiatres. (…)

Dans tous les lieux habités par la souffrance se trouve aussi les gués, les seuils de passage, les intenses nœuds de mystère. Ces 2ones tant redoutées recèlent pourtant le secret de notre être au monde, ou comme l exprimé la pensée mythologique : là où se tiennent tapis les dragons sont dissimulés les trésors.
Or notre société contemporaine n à qu un but : éradiquer à tout prix de nos existences ces zones incontrôlables -zone de brouillard, de gestation, zones d ombre – et d instaurer partout où elle le peut le contrôle et la surveillance.
En refusant la nuit, comme le déplorait le poète Novalis, notre imaginaire collectif livre une guerre à mort contre le réel et provoque la montée de tout ce qu il voulait éviter : la peur, le désespoir, la violence déchaînée, la recrudescence de l irrationnel.

Dans une description du monde où seule la réalité objectivable , mesurable, chiffrable, analysable est prise en considération, le Réel – c’est-à-dire l espace entre les choses et les êtres, la relation, le tissu de corrélations, l insaisissable, le mouvant, le vide, l obscur, l invisible respiration qui tient ensemble l’univers – n’a pas sa chance. Décrété insignifiant et subjectif, il est tout simplement radié. La face cachée du monde, celle même qui donne un support à la face visible, cessant de être porteuse et inspirante, se peuple de démons. La rage de manipuler la vie, d en extorquer le sacré, est celle de toutes les dictatures politiques ou scientifiques, et manifeste le dépit, l arrogance des petits maîtres devant la folle, la généreuse, la sublime, l inextricable complexité du réel. Cette obsession impose au monde où nous vivons un ordre réductif et mortifère. Si nous abdiquons nos intuitions profondes qui lient notre existence à l entière création -au tout –nous aggravons le fondamentalisme régnant : le principe de la Raison est loin d’être un principe universel pour explorer le monde. Pour de multiples cultures, c’est la communion qui fait appréhender la création, et de l intérieur cette fois, non de l extérieur.
L impression que j ai gagnée à écouter les divers témoignages, est que nos frères et sœurs schizophrènes se trouvent aspirées et précipités dans les zones de conscience niées et profanées par notre imaginaire collectif. Je n irais pas jusqu’à à dire queux seuls habitent le Réel mais je soupçonne qu ils se sont faits les gardiens désespérés d un patrimoine collectif déserté et réduit en cendres.(..)
En optant voilà 2500 ans pour la description de la réalité telle que nous la livra Parménide, nous avons appris à voir un monde cloué, vissé, fixe, apparemment invariable, docile à nos concepts, nos classifications, nos distinctions, nos divisions, comme en état d arrestation. « Tout à conspire à nous mettre en présence d objets que nous pouvons tenir comme invariables. » (Bergson, la pensée et le mouvement). Héraclite, , lui, dans sa vision de la fluence, du devenir incessant et toujours renouvelé du Réel, n’a trouvé ses héritiers que bien plus tard dans la physique quantique. Héritiers malheureux puisqu’ au lieu de révolutionner notre vision du monde comme l avait été la leur par la bouleversante confirmation d une réalité en permanent devenir se créant et s inventant à chaque instant, ils n ont pas pu parvenir à changer d un iota nos habitudes mentales fossilisés. « Il n y a pas de matière, il n’y a qu un tissus de relations » (Niels Bohr) Les seuls fruits qu ait portes leur branche ont été l électronique et…. L énergie atomique. Mais l illuminante révélation que tout n’est que reliance et corrélation n a pas traversé le rideau de fer de nos consciences. Nous n avons adopté que les machines et détournés les yeux de la formidable vision d un monde où l esprit préexiste au phénomène et le créé à tout instant. (….)
Le monde invisible est lié au monde visible de manière mystérieuse et a causale. Tu ne sais jamais lorsque tu tiens un fil, à quoi il se trouve relié sur l autre versant. Un succès considérable ne peut être qu une coquille vide et une cheville tordue te faire retrouver le chemin perdu. Tu ne sais jamais ce qui relie les choses entre elles. Jamais par la seule volonté, tu ne peux avoir accès au sens ou à l essentiel. Tu peux préméditer, prévoir tout ce que tu veux, le fruit attendu ne vient pas. Agis sans intention ni esprit de profit et le fruit tombe (ou non) à tes pieds ! (…) La surgie du fruit n a lieu que lorsque la dimension horizontal de l’effort , de la persévérance, rejoint brusquement la dimension verticale : celle du secret. (…)
Toutes ces remarques apparemment sans lien esquissent pourtant le contour des symptômes que j ai glanés dans les témoignages de ceux qu on nomme « malades mentaux ». N’est ce pas ces paradoxes, ces doubles visages du réel évincés par notre idéologie, qui assaillent les schizophrènes, les harcèlent, les hantent ? Je suis et je ne suis pas. Je me pétrifié ou me liquéfie. Je suis à la fois dans ce temps partagé avec vous et un autre espace (éternité, néant ? ). Je parle et je ne suis pas entendu, j entends vos voix et ne filtre plus le sens de vos paroles. Gouffre à l’intérieur de moi /gouffre à l extérieur. Je suis à la fois ici et ailleurs, etc. Autant d expériences sauvages de ce qui est réellement en train d avoir lieu. Autant d expérience de ce qui est. Mais l âme s y trouve jetée sans guide, sans boussole, sans initiation et, croyant être seule à vivre tout cela, s’y noie. (…)
Il est urgent de changer notre regard sur ceux que nous appelons malades, et urgent qu eux aussi changent leur regard sur eux-mêmes. Il existe un niveau de l être qui reste intact. Il existe un lieu en chacun où nous sommes non seulement guéris mais rendu déjà à nous même. La maladie est un accident, un malheur, une épreuve qui n atteint pas le noyau. C’est à ce noyau intact que je m adresse en vous parlant non parce que vous serez un jour guéris, mais parce que dans mes yeux vous l êtes déjà. Non pas parce que l espoir me porte que vous serez un jour à nouveau entiers mais parce que la certitude est en moi que déjà vous l êtes.

Le sens de la vie
Est faux ce qui fleure la théorie.
Est juste – comme en musique –ce qui soudain résonne de l un à l autre, se propage comme une onde vibratoire.
Veuillez donc à ne pas gaspiller d énergie à tenter de me donner tort ou raison. Ce qui importe, c’est ce filet d interrogations, d hésitations, de conjonctures que nous tissus ensemble, et où un son peut être à un certain moment apparaître juste.
Parler de sens pour dire qu on l à perdu est aussi bizarre que de prétendre ne avoir plus de temps. Le sens est comme le temps, il en vient à chaque instant du nouveau. Il est la en abondance, il afflue.
Pour de nombreuses cultures, la vie déborde à tout moment de sens. Le rite relie l homme en permanence au sens originel. Ce monde visible est la réplique mystérieuse du monde invisible. Les corrélations sont tissés dans chaque geste, dans chaque acte :manger, boire, se laver, se coucher, bercer un enfant, célébrer l union amoureuse, faire un feu, etc. Tout en est imbibé. Pas un pan d étoffe ne reste sec. Ces cultures suintent de sens comme on dit d un mur qu il suinte l humidité. Le image est juste. Il y a certes un mur dressé entre le monde visible et le monde invisible, mais ce mur laisse passer l humidité. C’est-à-dire qu il ne séparé pas vraiment : il relie par la sécrétion un côté à l autre.
Dans le monde d’aujourd’hui , ce mur est de béton ou d acier, il ne suinte plus. La respiration, la porosité entre les deux est interrompue. Le plus souvent le sens ne transpire plus. Avec la perte de conscience de cette reliance, le monde visible tombe dans l’inanité. Tout devient insignifiant. Que je me lève ou que je demeure au lit, que je mange ou que je refuse la nourriture, que je sorte de chez moi ou que j y reste, que j allume la lumière ou que je m attarde dans le noir, que je sois de bonne humeur ou dans la plus noire mélancolie, tout cela ne concerne que moi, ne résonne pas plus loin que le corridor ou la porte du palier. Que je vive ou que je meure, que je végète ou que je fleurisse reste indifférent à l entière création. Georges Bataille se posait la seule question disait il qui vaille, devant un homme : « De quelle manière survit il au choc de n être pas tout ? » Survit il par l argent, le sexe, l alcool, la polémique, le militantisme, la foi, le foot… ? De quelle manière, dirais je en modifiant un peu la question, survit il au choc de n être pas relié à tout comme l on été ses ancêtres depuis le début des temps ? Quel substitut invente t il ? Une chose est certaine : tous ces planchers qu il se construit, ces ersatz de sens, ne le porteront pas toute une vie. Ils tiendront un temps avant de le laisser passer lourdement au travers et se rompre le coup.
(….)
Il ne s’agit pas pour autant de laisser l amertume tirer sa conclusion, de renoncer à tout idéal ! Ce qui importe c’est de remettre cet idéal chaque jour à l épreuve de la vie, d oser une réponse unique (surgit du riche humus de l expérience amoncelée) à une situation unique. C’est la haute discipline à laquelle nous sommes invités chaque jour de neuf. (…)
La vie nous casse nos idéologies au fur et à mesure de notre avancée, les bonnes comme les mauvaises. La vie n a pas de sens, ni sens interdit, ni sens obligatoire.
Et si elle n a pas de sens, c’est qu elle va dans tous les sens et débordé de sens, inondé tout.
Elle fait mal aussi longtemps qu on veut lui imposer un sens, la tordre dans une direction ou dans une autre. Si elle n a pas de sens, c’est qu elle est le sens.
Oui mais comment retrouver son chemin dans ce dédale ? Comment s y retrouver ?
Un bon début consiste à abandonner l espoir même de trouver une clé à l énigme, mieux encore de quitter la peur de s égarer.
(…)
Dans notre univers contemporain et carcéral, voué entier au mercantilisme et à l insignifiance, ce qu il s agit à tout prix (vraiment à tout prix ) d’éviter , c’est la profondeur et l intensité. Tout est mis en place, construit, inventé, dressé, produit pour détourner de l amour et servir de rempart à son rayonnement incendiaire. Ce n’est pas, bien sûr, l amour qui s’en trouve menacé. Ce qui est menacé, c’est notre faculté d’aimer. (…)Ce qui est menacé, c’est notre participation au concert, non le concert.
Le discours hygiénique et pseudo scientifique qui transforme du vivant en norme, en chiffres, en chimie – qui s’acharne à confondre la Vie et le support physique de sa manifestation. (…)
« L amour n est pas définissable, dit Ibn Arabi . Il est une aspiration, une énergie qui attire l être tout entier vers son origine divine. » Nous n avons que lamour pour avoir accès au réel. Que nous le souhaitions ou non, que nous le soupçonnions ou non, l amour nous révèle l irrémédiable unité de la créature et de l entière création.
Catry
 
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